Mardi 11 avril 2006

« Une crise ne se résout que par son paroxysme »

François Mitterrand

 

« Nous sommes entrés dans la République du parti »

François Bayrou

 

«  Nous n’avons rien d’autre à faire qu’à redevenir nous même le plus vite possible, car, pour assurer notre indivisibilité, peu de temps nous est départi dans cet univers livré aux grands empires triomphants »

 

François Mauriac, durant l’occupation

 

 

 

            Et dire qu’il y en a qui crie à la victoire après l’effroyable crise du CPE… Je crois plutôt, qu’elles que puissent être nos points de vues, qu’il convient de parler d’un « immense gâchis » …

 

Par aplasi - Publié dans : mon Vôtre...
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Jeudi 6 avril 2006

« Ne nous y trompons pas : le choix est bien entre deux visions du monde. A ceux qui choisissent le recours à la force et pensent pouvoir résoudre la complexité du monde par une action rapide et préventive, nous opposons l’action déterminée dans la durée. Car aujourd’hui, pour assurer notre sécurité, il faut prendre en compte à la fois la multiplicité des crises et leurs nombreuses facettes, y compris culturelles et religieuses. Rien de durable dans les relations internationales ne peut donc se bâtir sans dialogue et respect de l’autre, sans exigence et fidélité aux principes, et plus encore pour les démocraties qui doivent donner l’exemple. L’ignorer, c’est prendre le risque de l’incompréhension, de la radicalisation, de l’engrenage de la violence. C’est vrai plus encore au Moyen-Orient, zone de fractures et de déchirements, dont la stabilité doit être pour nous un objectif majeur.

            Il y a ensuite la nécessité de construire la paix. Aucun pays, aucun homme, n’a, à lui seul, les moyens de bâtir l’avenir de l’Irak. Surtout, aucun état ne peut revendiquer la légitimité nécessaire. C’est bien des nations unies, et d’elles seules, que peut venir l’autorité légale et morale d’une telle entreprise. Deux principes doivent guider notre action : le respect de l’unité et de l’intégrité de l’Irak ; la préservation de sa souveraineté. De même, c’est aux Nations unies qu’il appartiendra de préciser le cadre dans lequel s’inscrira la reconstruction économique du pays. »

Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères,

 

Discours devant le conseil de sécurité des Nations unies, 19 mars 2003

 

 

            Je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai eu la chance assez incroyable, d’assister par hasard, à la retransmission en direct du dit discours, dont voici le plus célèbre extrait. Je me rappelle la tension qui régnait à l’époque, les insultes qui fusaient de la bouche des diplomates (on se souvient de Donald Rumsfeld qui quelques jours auparavant, avait qualifié la France et Allemagne de « vieille Europe », expression d’ailleurs repris par Villepin dans ce discours). Je revoie encore les applaudissements qui avaient suivi le discours ; sans même posséder la moindre connaissance sur les us et les coutumes en usage à l’ONU, je savais cela inhabituel. Mieux, exceptionnel. Reverra t-on un jour notre patrie à ce point rassemblé, soudé, qu’elle le fut ce jour-là ? La force qu’elle dégagea de cette unité ?

 

            Depuis, le monde a évolué de considérable façon. Les faucons ont fait la guerre qu’ils voulaient ; pour autant la lecture de ce texte est toujours hautement instructive. Si les américains avaient été moins borné, s’ils avaient écouté la voix de la raison, la muse habitant ces lignes, à quoi ressemblerait l’Irak d’aujourd’hui ? Si Villepin avait poursuivi sur la lancée de son discours, s’il eut poursuivi sa volonté de respect, de dialogue, de respect, d’unité, présent dans ce texte, serions-nous aujourd’hui dans la tourmente que nous traversons ?

 

            D’où ma question : faut-il sauver le soldat Villepin ? Le premier ministre d’aujourd’hui peut-il redevenir le grand diplomate, poète et humaniste qu’il fut ? Ou bien la perspective des présidentielles l’a-t-il corrompu pour toujours ?

 

Par aplasi - Publié dans : miroir/dépotoir ; la vie est un arrosoir
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Mercredi 22 mars 2006

            A propos du CPE...

 

 

            L’une des problématiques importantes auxquels notre France doit faire face est celle de l’emploi. Chronique, le chômage touche depuis plus de trente ans 10% de la population active : cela fait que plus de deux millions de personnes sont en permanence à la recherche d’un travail. En particulier, un jeune sur quatre est aujourd’hui dans cette situation ; cette réalité concerne près de 40% des jeunes des banlieues. Chaque personne qui voudrait travailler, et qui sont dans l’incapacité de le faire pour cette raison, se retrouve ainsi sans revenu, plongé dans la misère et l’incertitude des lendemains ; cette précarité se joint à la détresse psychologiques des individus, terreau propice à la circulation des pires idéologies, nazisme et communisme en tête, mais dans une certaine mesure aussi, l’ultralibéralisme, dont chacun mesure bien le danger qu’il représente pour les collectivités. Le chômage est également un drame collectif : en effet, dans notre modèle social, où sont prélevés sur le travail les capitaux nécessaire au bon fonctionnement des retraites, de la sécurité sociale et de l’Etat, comment pouvoir rester durablement solidaire quand le poids des charge ainsi constitué devient insoutenable ?

 

            C’est pour s’attaquer à ces maux que le gouvernement a fait de la bataille de l’emploi une priorité. L’enjeu pour Dominique de Villepin est de taille : s’il parvenait à résoudre enfin ses problèmes, rompant avec les échecs récurrents en la matière, il se présenterait dans une bonne posture pour les élections présidentielles. Jusqu’à présent, son bilan est relativement mitigé : le chômage a certes un peu baissé statistiquement, mais cela est en fait due aux départs en retraite, aux radiations des listes d’allocations chômages et à la réutilisation des emplois aidés. Par conséquent, le premier ministre a présenté une mesure destiné à prolonger son combat : le Contrat Premier Embauche. Il s’agit d’abord de savoir si ce contrat peut réellement créer de l’emploi, et quels sont les termes du débat qu’il suscite. Il importe aussi de voir quelles sont les conséquences politiques de ce débat. Enfin, il est essentiel de savoir comment chacun doit se placer dans ces circonstances.

 

            Commençons donc par une rapide description de ce qu’est le Contrat Premier Embauche. Le CPE est un vrai contrat de travail, à durée indéterminée, s’adressant aux jeunes de 18 à 26 ans, avec une période d’essai de deux ans durant laquelle l’employeur pourra licencier son employé sans justification, mais non sans éventuelle recourt du licencié devant la loi. Théoriquement, un licenciement pour cause de grèves ou de grossesses, ou de refus de faire des heures supplémentaires, sera puni par la justice. Reste à savoir dans quelle mesure cela pourra devenir pratique, un certain flou demeurant de ce point de vue là, qui reste à éclaircir. L’employé aura droit d’office en cas de licenciement pendant cette période d’essai à une formation, des indemnités spéciales, qui se cumuleront avec les allocations chômages ; ce dernier point paraît même être un progrès social dans la mesure où les jeunes bénéficient bien peu de l’UNEDIC parce qu’ils n’ont encore jamais cotisé. Dans l’esprit du gouvernement, le CPE permet grâce à sa période d’essai de deux ans, d’initier le jeune au monde de l’entreprise, considérant en effet que les rares offres d’emplois disponibles actuellement aux jeunes ne sont ouvertes qu’à ceux qui ont déjà une « expérience d’entreprise ».

 

            La mesure étant désormais présentée, nous pouvons nous attacher à en débattre. Le CPE soulève en effet plusieurs problématiques dont les réponses sont bien loin d’êtres évidentes, même pour ceux qui sont parmi les plus savants. L’une de celle-ci, récurrente, étant de savoir si la flexibilité crée ou non de l’emploi. Il apparaît en effet que les pays dont les marchés de l’emploi sont flexibles sont ceux qui connaissent le plein-emploi. En effet, les modèles en ce domaine, anglo-saxons, ne connaissent que très peu le chômage. Cette logique est cependant loin de répondre à la question posé, car ce sont des pays à l’économie dynamique, et aux dettes importantes : comment savoir dès lors, si leur système apporterait chez nous le plein-emploi ? D’autres parts, ce système, libéral, a beaucoup de limite, décrié par beaucoup, et que le cyclone Katrina a bien mis en valeur : l’absence de service public digne de ce nom. D’autres pays, comme les pays scandinaves, modèles de solidarité, connaissent des solutions de pleins emplois grâce à une gestion rigoureuse des fonds publics, une gestion souple du marché du travail (1/3 des Danois sont régulièrement licencié, souvent pour être réembauché dans la même entreprise un peu plus tard) et bénéficie d’un généreux système de protection sociale. Peut-être que s’il avait été abordé sous cette angle, le CPE aurait-il pu susciter moins de crispation….

 

            Regardons à présent une autre fracture intéressante, révélé par ce débat, qui est celle d’une fracture de la jeunesse, que l’on pourrait vulgairement qualifié de « ethnique ». Il est remarquable de constater en effet, que les jeunes des banlieues, acteurs des émeutes du mois de novembre dernier, ces « indigènes » de la République, qui se sentaient comme abandonné par elle, voit d’un œil favorable ce contrat. D’après eux, il serait leur seul chance de trouver du travail, peu importe qu’il soit ou non précaire. Par opposition, lycéen et étudiants, plus « blanc » dans leur façon d’être, rejette dans leur ensemble massivement ce contrat, de façon spontanée, et gauchiste, considérant que ceux qui font et soutiennent de tels mesures ne sont que des égoïstes. Un peu trop enfermés dans la lutte des classes, prolétarisés par la politique de la même façon que pour les fonctionnaires, ils perpétuent ce combat de gauche qui dure depuis si longtemps, bloquant systématiquement le pays, refusant le monde moderne tel qu’il est, mais par trop idéaliste pour pouvoir sérieusement devenir un jour une force constructive, une force de proposition.

 

            Il est vrai qu’après tout, d’autres solutions pourrait être envisagé pour l’emploi. On a beaucoup évoqué ces derniers temps le « contrat unique » : considérant qu’il existe une multitude de contrat de travail (de l’ordre de la quarantaine), la réduction du nombres d’entres eux, par simplification administrative ou théorique, pourrait créer des emplois. Proposition formulé par François Bayrou, à laquelle personnellement j’adhère. De façon tout à fait pertinente, Yoda me faisait remarquer que si les jeunes étaient autant au chômage, c’est parce qu’il ignorait tout du monde du travail, leurs brillantes études les préparant souvent mal à ce monde. D’où une nécessaire réforme des facultés, plus tourné vers des stages, d’avantages d’ouvertures à l’étranger, des alternances, sur le modèle du succès des IUT et BTS actuels. A titre de réflexion devrait-on joindre là d’autre réflexions, sur le Bac (quelqu’un mauvais partout, mais très fort en langue, trouvera facilement des études et du travail dans d’autres pays, en France, sans le bac, il deviendra caissier), sur l’enseignement de l’économie (une citoyenneté de qualité implique un enseignement de l’économie : c’est fondamental dans notre monde aujourd’hui). J’attends vos remarques avec impatience.

 

            Attardons nous maintenant sur le volet politique, dans le sens politicien, de l’affaire. Le gouvernement est passé en force dans cette affaire : dans sa volonté de vitesse afin d’être prêt pour l’élection présidentielle, Villepin à sorti le 49-3 de sa poche. La gauche n’a pas tardé à répliquer, en déposant une motion de censure. J’ai pu assister à la retransmission des débats : j’en ai été navré. Je n’ai pas tant été surpris par ce vilain jeu de politicien, mais le débat d’idée est bien plus bas que ce que je pensais avant. Avec leur inconstructivité chronique, les communistes « anti-libéraux » ont montré une nouvelle fois leur inutilité, de forme et de fond. L’UDF, toujours aussi marginal, semble certes honnête avec elle-même, mais à quel prix… L’UMP a soutenu sans réserve le gouvernement, et le PS l’a critiqué de même. Et au final, la motion fut rejetée, au bout d’un suspense insoutenable. Révélateur, le contrat Sécurité Formation proposé par François Hollande, immense vérification de la léthargie idéologique de la gauche. La droite propose un contrat de travail : on en propose un autre. La droite propose un contrat applicable, la gauche propose une utopie. Navrant, vraiment.

 

            C’est que les syndicats se montrent bien en peine de relever le niveau. Certes, snobé par l’autorité, on pouvait s’attendre à une réaction d’orgueil de leur part. Mais enfin, à un moment la raison doit reprendre le dessus : nous devons dégager le pays de toutes ses grèves, et seuls les syndicats étaient capables de répondre au faible appel gouvernemental. Mais il demande le « retrait » du CPE, c'est-à-dire l’absence de négociation, et dès lors, il est affreusement mauvais joueur de dénoncer l’attitude du gouvernement pour agir ensuite pareillement. Nous en arrivons à une situation vraiment étrange, ou le CPE ne semblait pas devoir entraîner pareil mouvement, qui paraît aujourd’hui bien installé. Villepin ne reculera pas, les syndicats n’ont plus. A ceux qui manifestent, n’oubliez pas que la CGT organise des élections internes le mois prochain : dans ce contexte, chaque manifestant dans la rue vote avec ses pieds pour Bernard Thibault.

 

            Comment sortir de ça ? En assumant ces responsabilités. En votant quand on nous demande de le faire. En débattant toujours plutôt que de bloquer les écoles et les routes. Avec la volonté toujours grande, parce que l’intérêt collectif transcendant l’intérêt individuel, d’élever toujours plus le niveau plutôt que d’affronter l’adversaire dans une optique « droite/gauche ». Pensez avant tout que l’autre un être humain, français de surcroît, et que d’une façon ou d’une autre vous allez devoir vivre ensemble. Autant être tolérant, c’est mieux pour tout le monde.

 

            J’avais prévu de sortir d’autres méditations, mais je pense que cela alourdirait exagérément le texte. Je vous laisse donc méditez sur ces quelques éléments, qui pourrait former (pourquoi pas pour le maréchal ?) une esquisse de programme. Une méthode nouvelle, qui comme le pensait Descartes, nous amèneraient à la vérité : ici, c’est une réforme constitutionnelle. L’appareil, c'est-à-dire le rassemblement, afin de transcender les vieux partis et syndicats classiques en formation moderne ; des dirigeants politiques représentatifs, et une base militante participative et syndicale. Un projet, c'est-à-dire un programme : essentiellement une taxe « intelligente » des fonds financiers. Il s’agirait de remettre l’ensemble des impôts que les entreprises payent ; celles-ci augmentent leurs investissements, donc l’emploi, et d’autres parts les dividendes versés à leurs actionnaires. Ces derniers se jettent sur les actions françaises, par elles sont particulièrement rentables. L’état prend une compensation en taxant une part infime de ces flux et compensent la perte (voir augmente ses recettes) par l’afflux des flux de capitaux. A méditer aussi, un système comparable pour la démographie (avec un droit de retraite abaissé pour les femmes qui ont trois enfants ; si cette mesure venait à augmenter la natalité, cette avantage retraite serait compensé, voir bénéfique, et la croissance économique et démographique repartirait) et le système participatif, cher à de Gaulle. Enfin, une vision, celle d’une élévation générale de la société par l’indivudualité, dont je vous fais une première approche par un exemple. Vous êtes face à un feu rouge. Vous avez trois possibilités : 1 vous vous arrêtez parce que c’est la loi (vous êtes soumis).

                              2 vous grillez le feu parce que vous êtes pressé (vous êtes révolté)

                              3 vous vous arrêtez parce vous savez que c’est votre intérêt (vous êtes libres). Si la politique amène les individus aux choix du troisième type, alors un nouveau monde s’offre à nous… C’est loin d’être si utopique : c’est une thèse de psychanalyse. D’autre part, elle résout la contradiction de Hobbes : la société, c’est la sécurité avec peu de liberté. Ici, on a la sécurité, et la liberté… La fin est un peu lourde, mais comme ça vous aurez de quoi réfléchir convenablement. Bien à vous.

 

Par aplasi - Publié dans : Dissertations
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Note urgente pour novice en informatique : qui peut m'expliquer ce qu'est un trackback ???

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